15.02.2008
Politique de civilisation (suite)
Y aurait-t-il une cohérence cachée dans les idées floues et fumeuses de la « copie » Sarkozy-Guaino concernant la « politique de civilisation » ? A force de scruter les citations de N. Sarkozy pour tenter de déchiffrer la pensée qu’elles véhiculent, j’ai fini par en trouver une qui livre peut-être la clé de l’énigme : « je suis l’ami, a-t-il déclaré, de tous ceux qui pensent qu’il y a une différence entre le bien et le mal ». La « politique de civilisation », dans son esprit, consisterait en premier lieu dans l’intégration de la reconnaissance d’une distinction du bien et du mal dans la définition d’une ligne politique. Il n’y a pas de doute que, sur ce point, il peut tomber d’accord avec un penseur de gauche comme E. Morin, et avec tant d’autres venant de tous horizons (y compris moi-même).
Le problème, c’est que cette pensée est désespérément courte. Car il ne suffit pas de faire une distinction entre le bien et le mal, il faut encore ne pas mettre n’importe quoi dans ces notions, et ne pas considérer qu’au service du prétendu bien, tous les moyens sont bons. Après tout, les fanatiques aussi adhèrent à la distinction du bien et du mal. Ben Laden comme G. Bush prétendent mener la lutte contre les forces du mal, mais leur action contribue-t-elle pour autant à faire régner la véritable « civilisation » ?
Et il ne faut pas non plus prétexter de cette distinction pour imaginer qu’il existerait un clivage immuable et définitif qui permettrait de placer certains êtres humains du côté du bien, et d’autres du côté du mal. C’est pourtant ce que fait quotidiennement N. Sarkozy dans ses discours sécuritaires, lorsqu’il déclare qu’il est « le président des victimes et non pas celui des coupables ». Etonnant discours, qui range à tout jamais les êtres humains dans de petites cases fixes, certains étant, pour le reste de leur vie, étiquetés « victimes » (comme si le fait d’avoir été une fois victime innocente devait nécessairement impliquer qu’on soit à tout jamais incapable de commettre un délit), et d’autres « coupables » (comme si le fait d’avoir mal agi une fois ou même plusieurs impliquait qu’on soit à tout jamais incapable de rentrer dans le chemin d’un comportement honnête).
Bien entendu, dans la bouche de N. Sarkozy, ce genre de classement manichéen débouche sur une condamnation du laxisme ambiant avec lequel il entend entrer en « rupture » : si quelqu’un a le malheur de faire remarquer que les coupables ont eux aussi des droits, il se voit adresser une cinglante répartie, qui l’accuse d’inverser honteusement les valeurs et de ne pas faire passer en premier lieu la défense des droits des victimes, voire de préférer carrément les coupables aux victimes (on se souvient comment, pendant la campagne présidentielle, le candidat Sarkozy s’était permis d’accuser – de façon parfaitement calomnieuse – S. Royal d’être « du côté des fraudeurs »). Le message est donc clair : pour défendre les victimes, privez les coupables de droits (« les droits de l’homme, c’est d’abord les droits de la victime » a-t-il déclaré à plusieurs reprises). Je ne crois pas beaucoup me tromper en supposant que ceci constitue pour N. Sarkozy un des axes fondamentaux d’une véritable « politique de civilisation ».
Ceci ne tient évidemment pas intellectuellement la route, et ne rencontre de succès dans l’opinion qu’en attisant des réactions émotionnelles primaires. En réalité, il n’y a pas, d’un côté, des « bons » ou des « méritants » qui auraient des droits, et des « mauvais » et des « déméritants » qui n’en auraient pas. Le fondement même de l’éthique, et donc de la distinction du bien et du mal, est de reconnaître que, fondamentalement, le même respect est dû à tout être humain, parce qu’il est humain. Et c’est le manquement à ce principe qui constitue précisément la marque même du « mal ».
La « civilisation » consiste alors à reconnaître que le respect dû à la personne humaine n’est pas conditionné par le rendement de services, menus ou grands, ne fait l’objet d’aucun marchandage, et ne peut être suspendu sous prétexte d’un quelconque démérite. Il est absolument inconditionnel, et donc à distribuer à tous, toujours et quoi qu’il arrive. En aucune façon, le respect éthique qui est dû à un individu n’est donc conditionné à son mérite. C’est l’un des scandales intellectuels des discours de campagne du candidat Sarkozy d’avoir complaisamment ressassé le contraire.
Sans doute, en face de tel ou tel individu particulier, dont le comportement a été jusqu’à présent fort peu respectable, on pourrait se demander ce qui peut bien justifier qu’il soit l’object d’un quelconque respect : mais ce qui est alors à prendre en compte, c’est le potentiel d’humanité qui réside en cet individu, autrement dit tout ce qu’il est susceptible de devenir s’il s’ « améliore », en se mettant sur le chemin d’une attitude pleinement responsable. Ce que j’appelle « potentiel d’humanité » n’est nullement à concevoir comme une virtualité purement théorique : c’est bien une caractéristique qu’il revient à la société d’actualiser, autant que possible, chez le délinquant, si celui-ci n’est pas spontanément motivé pour y parvenir. C’est sous cet angle qu’il faut concevoir l’utilité des sanctions, et – puisque les faits nous montrent suffisamment que l’incarcération n’a guère, à elle seule, de pouvoir « humanisant » – le caractère indispensable du suivi psychologique des détenus, qui n’est malheureusement pas correctement développé pour l’instant.
Inutile de préciser que, de ce point de vue, la loi Dati visant à placer les détenus étiquetés « dangereux » en rétention de sécurité est un pur non-sens : c’est d’abord l’aveu de faillite d’un système carcéral qui n’a pas su appliquer l’arsenal de suivi thérapeutique que les lois déjà en vigueur avaient pourtant prévu ; c’est ensuite une démission devant la tâche d’appliquer de façon systématique et efficace toutes les mesures de prévention de la récidive déjà prévues par ces lois ; c’est enfin un déni des principes fondamentaux du droit qui veulent que les peines infligées à un coupable soient fixées par son jugement, et par lui seul.
Autrement dit : la véritable politique de civilisation, sur ce point, est de tendre à « civiliser » les délinquants, et rien d’autre. Au lieu de cela, agiter des chiffons rouges pour exciter la haine et la colère du peuple contre les « coupables » n’est pas une attitude de bon augure : car la haine n’a jamais contribué en quoi que ce soit à la construction de la civilisation.L’attitude d’une certaine gauche qui consiste à accuser la société d’être la véritable « coupable » de l’attitude des délinquants ne vaudrait pas mieux. Ressasser la haine de la société est une attitude d’autant plus stérile que la société n’est pas une personne – c’est un réseau – et ne peut donc pas, au sens strict, être considérée comme « responsable » ni « coupable » de quoi que ce soit. Quand le système social connaît des dysfonctionnements qui favorisent l’émergence de la délinquance, il faut s’attaquer à y remédier, tout simplement. Mieux vaut être constructif, plutôt que de gaspiller son temps à la tâche bien inutile de se renvoyer la balle pour savoir qui il faut accuser et vouer à la vindicte populaire.
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19.01.2008
"Politique de civilisation" ? Laquelle ?
Comme tout le monde ou presque, en entendant N. Sarkozy introduire l’idée d’une « politique de civilisation », je me suis demandée quelle surprise il nous réservait cette fois-ci. Pendant la campagne présidentielle, lorsqu’il avait évoqué la « civilisation » (dans la fameuse discussion publiée dans la revue « Philosophies »), c’était pour l’identifier avec la répression légale des mauvais penchants de l’être humain, supposés être d’origine plus ou moins génétique. Mais ce 31 décembre, l’affaire semblait plus sérieuse, puisque l’expression employée était empruntée à un auteur de gauche bon teint, voire altermondialiste, E. Morin (dont la pensée me semble loin d’être méprisable, quoique souvent trop théorique pour inspirer une politique concrètement viable, notamment en matière de décroissance).
Mais que diable notre président voulait-il dire ? Lorsque les explications sont enfin venues, elles semblaient un peu étonnantes : en parlant de «remettre l’homme au cœur de la politique », il ne faisait rien d’autre que plagier les principes de F. Bayrou : dans sa proposition initiale de charte des valeurs pour le Mouvement Démocrate, celui-ci avait notamment écrit que « le principe de notre action est l’établissement d’une société du développement humain, orientée vers l’épanouissement intellectuel et moral de la personne humaine » et que « notre projet de société promeut et défend, au-delà des biens nécessaires, les biens supérieurs que sont l’éducation, la culture, (…) les valeurs morales, philosophiques et spirituelles ».
Tentative de flatter les électeurs qui ont voté F. Bayrou à la présidentielle, pour ranimer leur sympathie à l’heure où, les sondages le montrent, ils sont en désaffection à l’égard de N. Sarkozy ? Peut-être. Çà et là, des voix – comme celles de F. Bayrou – s’étaient élevées pour protester contre l’orientation exclusivement « matérialiste » d’une politique présidentielle qui prétendait surtout « réconcilier les Français avec l’argent, corollaire du succès ». Qu’à cela ne tienne : N. Sarkozy a tenu à protester qu’il tient plus que d’autres aux valeurs spirituelles : le discours du Latran constitue la première riposte dans cette direction – riposte dont la tonalité « religieuse » sonnait de façon assez étrange dans un pays comme la France, mais qui était après tout assez propre à flatter l’électorat catholique conservateur [1] ; le recours incantatoire à la « politique de civilisation » entame la seconde phase de riposte. Ainsi N. Sarkozy vient-il de déclarer à Ryad : « La vie de l’homme n’a pas qu’une dimension matérielle. Il ne suffit pas de consommer pour être heureux. Une politique de civilisation, c’est une politique qui intègre la dimension intellectuelle, morale, spirituelle ». Ceci ressemble à un pot-pourri de citations de F. Bayrou et C. Lepage (voir le discours de cette dernière au congrès du Mouvement Démocrate [2] ) : mais N. Sarkozy se garderait bien de le dire ouvertement, il est moins gênant – et cela fait plus « large d’esprit », plus « ouverture en direction du PS » – de citer le nom d’un penseur de gauche comme E. Morin. Derrière toutes ces offensives de récupération se cache H. Guaino, qui est un expert en matière de manipulation langagière, et n’en est pas à son premier coup. Oui, mais… la politique authentique exige des actes, exige la cohérence intellectuelle d’un projet, et pas seulement de belles paroles fabriquées sur commande.
A mon sens, il s’agit surtout, pour le Président, d’entamer une étrange opération de « pédagogie » pour tenter de convaincre les Français que le plus important, dans l’action politique, n’est pas la défense de leur pouvoir d’achat. Personnellement, j’imagine mal que N. Sarkozy ait vraiment voulu, comme certains (dont F. Bayrou) l’ont supposé, construire un écran de fumée pour éviter de parler de l’ échec de sa propre politique en matière de pouvoir d’achat : cet échec constitue une réalité trop flagrante, trop obsédante, pour qu’on puisse raisonnablement tenter de le dissimuler. Non, je crois que le Président a décidé de convoquer de belles idées et de belles formules pour tenter de remotiver des Français dont le moral est au plus bas, de tempérer leur obsession du pouvoir d’achat, et de diriger leurs espoirs vers de plus nobles causes. Français, voulait-il dire, je veux résoudre les difficultés qui vous assaillent, mais vous avez tort de croire que vos difficultés sont d’ordre purement matériel… Que voulez-vous, pensait-il sansdoute par-derrière, on se donne les objectifs qu’on peut, l’essentiel est d’en avoir un pour motiver ses troupes. (Evidemment, il y a quelque chose de cocasse, voire de franchement ridicule, à déclarer que « le débat politique sur le pouvoir d’achat est absurde » quand on s’est fait élire en proclamant qu’on serait « le candidat du pouvoir d’achat », et qu’en la matière, « tout est possible ».)
Alors, faut-il se réjouir en se disant que les véritables enjeux – ceux des valeurs civilisatrices – sont enfin abordés ? Je ne crois pas, car derrière quelques formules ronflantes, qui « font mouche » dans l’imaginaire humaniste, se cache en fait un dangereux confusionnisme intellectuel, qu’il n’est pas très difficile de démasquer.
D’abord, N. Sarkozy considère – c’est ce qu’il a déclaré dans sa conférence de presse du 8 janvier - qu’il n’y a en fait rien de nouveau dans ce discours aux tonalités « humanistes », et qu’il ne fait jamais que reprendre les thèmes de sa campagne présidentielle, où il était censé être déjà intégralement présent (« J’ai été élu au terme d’une campagne dans laquelle les valeurs ont tenu une place centrale… J’ai voulu remettre l’Homme au cœur de la politique »). C’est vraiment inquiétant, car les thèmes de la campagne du candidat Sarkozy étaient bien souvent aux antipodes de l’humanisme ; ils tendaient à susciter, non l’amour mutuel (malgré un discours cocasse du candidat sur ce sujet), mais plutôt l’hostilité des Français « qui se lèvent tôt » et « travaillent dur », à l’égard des supposés profiteurs, paresseux, faux chômeurs, et autres fraudeurs en tout genre ; ils instrumentalisaient les angoisses sécuritaires en promettant la sévérité maximale à l’égard des délinquants, ou les angoisses identitaires, en s’engageant à limiter l’immigration. Le candidat Sarkozy « frontnationalisait » la politique de la droite libérale : rien à voir avec le véritable engagement pour les valeurs humanistes, et rien à voir non plus avec les véritables idées d’E. Morin, qui ne doit pas décolérer d’avoir été injustement récupéré… Et pourtant, N. Sarkozy semble s’imaginer (ou feint de croire, je ne sais) que l’humanisme consiste essentiellement à remettre au pas les « déméritants », supposés ou réels.
Cette impression fâcheuse se confirme lorsqu’on étudie d’autres passages de la conférence de presse : « Edgar Morin a dit que c’était une « politique de l’homme » (…) qui est nécessaire quand il faut reconstruire des repères, des normes, des règles. (…) E. Morin, encore lui, a dit que les impératifs aujourd’hui d’une politique de civilisation sont le ressourcement identitaire, la moralisation, la solidarité, la convivialité… Ces objectifs, je les fais miens ».
En réalité, parmi les objectifs figurant dans cette liste, E. Morin n’adhèrererait qu’à la nécessité de créer une société plus solidaire et plus conviviale… Pour le reste, l’insistance sur l’obéissance aux règles, sur la moralisation et le ressourcement identitaire, sonne comme un programme de droite conservatrice et autoritaire, et n’a pas grand-chose à voir avec les idées d’E. Morin, qui n’utilise pas le vocabulaire du « retour à l’ordre moral ». Il est vrai qu’E. Morin dit qu’une « politique de civilisation » réclame, pour combattre l’individualisme ambiant de notre société, une « réforme intérieure des esprits et des personnes » (Vers l’abîme ? p. 87), mais selon lui, ce nouvel humanisme repose moins sur le respect de règles strictes que sur la « compréhension humaine » (c’est-à-dire la compréhension de ce que ressent l’autre, de ses problèmes, de ses souffrances et de ses joies), qui débouche sur la compassion : ainsi E. Morin dénonce-t-il « les ravages de l’incompréhension dans les familles, les groupes, les lieux de travail » (p. 86) et considère-t-il que l’éducation devrait être axée sur le développement de cette compréhension d’autrui. Il va jusqu’à dire que les aspects les « plus pervers et barbares » de l’être humain sont « l’incompréhension, l’ambition et la soif de lucre » (voilà une idée à faire frémir les riches amis du Président !). Jamais E. Morin ne considérerait que la politique de civilisation, consiste à être plus sévère avec les délinquants et les fraudeurs. Pour ma part, je dirais que si le respect des règles est utile, il est souvent contre-productif de l’imposer uniquement à coup d’interdits et de menaces de sanction, et qu’il est préférable de créer le climat permettant à tous de comprendre ce que leur respect permet de gagner en qualité de vie mutuelle. La coopération rend la vie plus agréable que l’affrontement…
Que signifie ensuite le « ressoucement identitaire » ? Je suppose que N. Sarkozy veut parler (sans oser le dire en clair !) de l’ « identité nationale » qui lui est chère … alors qu’E. Morin affirme que notre véritable patrie est la planète Terre, appelle de ses vœux un « civisme planétaire » (assez peu compatible avec le sentiment national et la « préférence communautaire » européenne), et voudrait « solidariser la planète » en proposant que « les nations riches procèdent à une mobilisation massive de leur jeunesse en un service civique planétaire » (p. 80) (hélas ! les nations riches comportent beaucoup d’ilôts de pauvreté, et on pourrait commencer par un service civil interne).
« Le travail – dit encore N. Sarkozy, enfourchant son vieux cheval de bataille de la présidentielle – « c’est une valeur essentielle, c’est ce par quoi chacun trouve sa place dans la société, c’est ce qui tisse du lien social » : « tisser du lien social », voilà du vocabulaire de F. Bayrou. Bien sûr, le chômage débouche souvent sur l’exclusion et la rupture du tissu social, mais il ne s’ensuit nullement que « travailler plus » fasse nécessairement reculer l’anonymat collectif et le repli sur soi : les activités qui tissent du lien social se situent tout aussi bien en dehors du temps de travail, et si l’on consacre toute son énergie à travailler, il n’en reste plus pour la famille, les amis, le bénévolat ou l’engagement politique, bref tout ce qui entretient du lien social non orienté vers le gain financier… E. Morin, je pense, ne me démentirait pas, et irait sûrement plus loin que moi, lui qui dénonce, dans une perspective altermondialiste, le fait que la société occidentale recherche à tout prix l’augmentation de la production, la productivité, l’activisme économique, l’efficacité, et méconnaît au contraire les activités bénéfiques gratuites, lorsqu’elle refuse de les intégrer dans le PIB.
E. Morin dénonce également la « pseudo-fonctionnalité planificatrice qui ne tient pas compte des besoins non quantifiables et non identifiables par des questionnaires » (p. 54) … et N. Sarkozy veut imposer dans toute sa politique la mise au point strictement comptable d’objectifs chiffrés ! E. Morin dit encore que « l’économie n’est pas condamnée à la loi concurrentielle du néolibéralisme et porte d’autres possibilités comme le commerce équitable, l’économie solidaire ou simplement l’économie citoyenne » (p. 42) … et de son côté N. Sarkozy s’affiche régulièrement avec les dirigeants du MEDEF et les patrons du CAC 40 ! Il faudrait arrêter la mascarade intellectuelle…
Il faudrait arrêter de tout mélanger dans une soupe indistincte où n’importe quelle idée est censée équivaloir à n’importe quelle autre, arrêter d’avoir ce culot monstre de faire croire que l’idéologie conservatrice de l’ordre moral et le soutien apporté aux magnats de la finance sont en parfaite harmonie avec l’humanisme de gauche. Après avoir pourfendu ce qu’il appelait la « pensée unique », notre hyper-président est en train d’inventer l’hyper-pensée, cette pensée qui prétend tout réintégrer en elle, et réclame en conséquence le privilège d’être la seule à exister. « La gauche, c’est moi », prétend en quelque sorte le plus conservateur des présidents que la droite française ait jamais connue (à quoi il faut ajouter, bien sûr, « le centre, c’est moi », pour ne rien dire de « l’Etat, c’est moi »). Et dire qu’il y a eu des socialistes comme J-M Bockel pour adhérer à cette imposture… et un transfuge du Mouvement Démocrate comme J-M Cavada pour prétendre que le meilleur moyen de contribuer à une politique de centre-gauche consiste à collaborer avec Ch. Lagarde…
Pour terminer sur une note moins négative, je relèverai deux points positifs dans la conférence de presse de N. Sarkozy : il déclare qu’il « ne faut pas toucher » au « Préambule de 1946 sur les droits sociaux » parce que c’est « un grand texte universel », et il accepte désormais sans rechigner de valoriser la solidarité (bien sûr, ce n’est qu’un mot ; mais voyez ce qu’écrit Y. Reza dans son récit de la campagne présidentielle : N. Sarkozy n’aimait vraiment pas ce mot-là à l’époque). Ceci dit, j’espère bien que sa conception de la solidarité ne se limitera pas à exiger des malades aux revenus modestes qu’ils paient des franchises médicales pour financer la recherche sur la maladie d’Alzheimer…
Les citations précédentes d’E. Morin sont extraites de « Vers l’abîme ? » (L’Herne). Une autre citation d’E. Morin, en guise de conclusion : « L’impératif est de relier. Sur le plan politique, nous sommes en face d’un combat entre les forces d’association et les forces de dislocation. Solidarité ou barbarie. (C’est) une alternative qui prend son sens non seulement dans le local, mais aussi dans l’européen et le planétaire. Ce thème nous fait contribuer, partout où il existe, aux forces d’association et de solidarité, avec l’espoir qu’elles seront plus fortes que les forces de rupture, de dislocation et d’occultation ».
[1] « Les facilités matérielles, la frénésie de consommation, l’accumulation de biens soulignent davantage l’aspiration profonde des hommes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais elles ne la comblent ».
[2] « Gagner plus d’argent c’est nécessaire pour vivre, mais ce n’est pas vivre. Ce qui compte, c’est le bien-être de chacun, c’est son épanouissement, c’est le bonheur de vivre ensemble ». Ce genre d’idée n’est, au reste, nullement original.
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04.01.2008
La folie des objectifs chiffrés
Les ministres notés d’après des indicateurs qui ne sont que très partiellement sous leur contrôle ! Il faut se pincer pour le croire ! C’est là l’ahurissante mesure qui a été annoncée jeudi par F. Fillon, dans la droite ligne de la « culture du résultat » qui fait partie de l’idéologie de N. Sarkozy.
Par exemple, mon ministre de tutelle, celui de l’Education Nationale, sera jugé, entre autres d’après le nombre d’heures supplémentaires effectuées par les enseignants : ça tombe mal, parce que je suis fermement décidée à n’effectuer aucune heure supplémentaire de mon plein gré, étant opposée à la réduction du nombre des enseignants et à la baisse de qualité de l’offre d’éducation qui l’accompagnera nécessairement. Et je crois que beuacoup de mes collègues sont d’accord, sauf peut-être ceux qui ont du mal à boucler leur budget mensuel. C’est mon libre choix, c’est le leur. Qu’y peut notre ministre ? Rien, le pauvre, il ne peut contrôler notre libre-arbitre. Ou alors… il faudrait qu’il invente des moyens de coercition, grossiers ou subtils. Subtils : par exemple, employer des méthodes de « communication » particulièrement persuasives, et nous ensorceler de beaux discours pour nous motiver miraculeusement aux heures supplémentaires – mais il y a peu de chance que cela marche, les enseignants ont de l’esprit critique et ne se laissent pas ensorceler si facilement. Moyens de coercitions grossiers : il s’agirait d’éventuelles sanctions, par exemple de retards d’avancement de carrière si on n’accepte pas de faire des heures supplémentaires… ou tout simplement de mettre les proviseurs dans une situation telle qu’ ils seraient acculés par la pénurie à contraindre les enseignants de faire des heures supplémentaires, ce dont ils ont théoriquement le pouvoir. Dernière solution – ultime recours pour le ministre – trafiquer les statistiques officielles pour donner l’impression que les objectifs chiffrés sont remplis… N. Sarkozy avait mis au point des méthodes éprouvées dans ce domaine lorsqu’il était encore au ministère de l’intérieur, de manière à maximiser son autosatisfaction…
Nous y voilà donc : il s’agit de contrainte (dans le cas où le ministre renoncerait à tricher). On « met la pression » sur les ministres, en les menaçant de mal les noter (et de les virer ?) s’ils ne remplissent pas les objectifs chiffrés qu’ont leur a fixés. Les objectifs en question sont-ils réalistes ? Et quand bien même ils le seraient, quels moyens les ministres ont-ils de les réaliser ? Ces questions sont taboues : nous sommes dans la « culture du résultat », ce qui veut dire concrètement : il n’y a que le résultat qui compte, on vous somme de réussir, ou sinon gare. Autrement dit : si « en haut » (au sommet de l’Etat) on ne vous donne pas les moyens de remplir les objectifs fixés, trouvez-les vous-mêmes. Et peu importe lesquels, honnêtes, malhonnêtes, attentatoires à la liberté individuelle des Français ou pas, peu importe. Il n’y a que le résultat qui compte, on vous dit. Soyez efficaces, point barre.
Toutes les contraintes sont alors considérées comme justifiées - sinon celles auxquelles on recourt en pleine lumière, du moins celles qu’on exerce en coulisses, ou de manière indirecte. Et donc, il y a fort à croire que les malheureux ministres répercuteront la contrainte à l’échelon inférieur – celui des Français ordinaires – pour être bien notés.
Certes, certaines contraintes d’origine ministérielle sont parfois justifiables en termes de droit : par exemple, quand une loi a été votée ou un décret pris et qu’il est du ressort d’un ministère d’exercer des contrôles pour vérifier que cette loi est correctement appliquée par les fonctionnaires et les institutions relevant de sa tutelle. J’imagine que le contrôle de l’assouplissement de la carte scolaire relève en partie de ce cas, encore que pas totalement (car il risque de poser des problèmes d’organisation considérables, voire insolubles sur le terrain, ce qui prouve d’ailleurs qu’il s’agit d’une mauvaise mesure).
Mais bien des objectifs chiffrés présentés par F. Fillon ne relèvent pas de ce cas. Par exemple, la ministre de la Santé sera jugée, entre autres, sur le « taux de consultations médicales ne donnant pas lieu à prescription de médicaments ». J’ose à peine imaginer quelles recettes la Ministre va devoir inventer pour forcer les médecins à renvoyer le plus grand nombre possible de patients sans prescription, ce qui est dépourvu du moindre sens, dangereux et inégalitaire (désormais, un médecin ne voudra plus prescrire un sirop pour la toux lors d’un gros rhume : résultat, le patient devra se le payer à ses propres frais – s’il le peut !). Autre cas : la ministre de la Culture sera évaluée sur « la fréquentation des musées lorsqu’ils sont gratuits ». Comme on ne peut guère trouver de moyen de forcer les Français à aller dans les musées le dimanche, il ne restera à C. Albanel que de l’arme de la « communication » - je veux dire de la pub, ou peut-être celle de l’invention d’ « attractions culturelles » motivantes… La pauvre, je la plains déjà… Si j’étais militante UMP, je me précipiterais dans les musées par compassion pour elle… (quant aux Français qui vont se mettre à travailler le dimanche, ils n’iront sûrement pas au musée ce jour-là…).
Je ne suis libérale qu’à moitié – parce que les exigences de solidarité et de justice imposent qu’on assigne des bornes au libéralisme – mais je dois bien dire que quand j’entends prononcer des discours pareils, ma moitié libérale se rebiffe. Davantage même : j’ai honte du gouvernement de mon pays, aussi honte que le jour où l’amendement sur les tests ADN a été soumis au Parlement. On humilie les ministres, on s’apprête à créer une recherche de l’efficacité fondée sur la contrainte permanente. Enfin, le lecteur voit bien qui se cache derrière ce « on »…
Derrière tout cela, on voit bien la marque du « tout est possible » auquel croit avec constance N. Sarkozy. Si on veut vraiment on peut toujours, se plaît-il à penser. Ce n’est pas une vérité universelle. En matière économique, il a pu faire l’expérience qu’il ne suffit pas de vouloir pour amener un point supplémentaire de croissance, ou pour augmenter le pouvoir d’achat. Mais dans d’autres domaines la tâche est peut-être un peu moins irréaliste – à condition toutefois que volonté signifie alors : résolution de recourir à tous les moyens de contrainte imaginables. Et même, hélas, de ne prendre en compte, le cas échéant, aucune considération humaine si elle entrave l’efficacité recherchée.
C’est bien cela qui se joue déjà avec les objectifs chiffrés en matière d’expulsion d’immigrés en situation irrégulière : puisque les préfets ont une obligation de résultat, ils ne peuvent pas se permettre d’états d’âmes qui les amèneraient à tenir compte d’éventuels drames humains, si leur quota n’est pas atteint. C’est bien en vain que B. Hortefeux, dans une interview récente au « Parisien », a affirmé que sa politique de fermeté en matière d’immigration clandestine restait toujours prête à faire les exceptions nécessaires en face des situations de drame humain : l’esprit du système qu’il a instauré l’exclut radicalement, puisqu’il faut à tout prix atteindre l’objectif fixé. Bébé en centre de rétention, conjoint étranger de Française enceinte menacé d’expulsion, étrangers atteints de troubles psychiatriques réexpédiés chez aux sans s’occuper de savoir s’ils pourront être soignés là-bas : on a déjà vu beaucoup de choses dans ce domaine précis. Que nous reste-t-il encore à voir dans les autres secteurs ?
Nous, démocrates, ne pouvons en aucune façon admettre l’idée que – en politique ou ailleurs – la fin justifie les moyens.
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29.10.2007
F. Bayrou à Seignosse : "j'ai avec N. Sarkozy un conflit de valeurs"
(version condensée réalisée par mes soins, vous pouvez trouver la version intégrale sur www.bayrou.fr )
Nous porterons un seul nom – et c’est un grand nom – le Mouvement Démocrate. Le temps est venu que nous nous définissions, non pas par rapport aux autres, mais par rapport à nous-mêmes, à ce que nous sommes, à ce que nous voulons. Je n’ai jamais renié ce qu’il y a de juste dans l’aspiration du centre ; mais dire « centre », c’est se définir par rapport à la droite et par rapport à la gauche. Et nous, nous sommes démocrates ! Nous sommes démocrates, d’abord parce que « démo » veut dire « peuple », et parce que nous croyons au peuple davantage qu’à toutes les oligarchies, à toutes les confiscations de pouvoir et de privilèges. Nous sommes démocrates parce que nous croyons que l’état de citoyen est un état supérieur d’appartenance à la Cité. Et il y a un grand courant démocrate en formation dans le monde. Et le monde a besoin de ce courant.
En France avec nous, et bientôt, je le crois, dans l’ensemble des pays européens, l’organisation des démocrates dira que l’avenir ne se résume pas à la fatalité et à la soumission aux dominants.
La question est celle-ci : soumission ou résistance au modèle dominant dans le monde ? Il y a un modèle dominant, extraordinairement efficace, extraordinairement puissant. Ce modèle, c’est ce que j’ai appelé le « modèle d’inégalité croissante », où les inégalités s’accumulent au travers des générations. Une étude parue cette semaine montre que l’augmentation du niveau de vie des Etats-Unis, ces dernières années, a profité entièrement aux 5 % les plus riches de la population américaine, et, pour la moitié, aux 1 % les plus riches. Les 95 % autres, ceux qui travaillent, ceux qui triment, pour créer une croissance de l’ordre de 4 % par an, ceux-là ont stagné et reculé ! C’est une société inégalitaire, et ce n’est pas l’aspiration de la société française. L’inégalité croissante comme moteur des sociétés ; l’accumulation continue de capital au profit de quelques uns ; la prééminence de l’univers financier, obsédante, et qui fait que ce qui défile constamment au bas des écrans des chaînes d’information, ce sont les cours de la Bourse ; l’influence incroyable de cet univers sur la politique américaine – tout cela, c’est un modèle de société, et ce n’est pas le nôtre.
Je croyais, je crois, je croirai toujours que face à ce modèle dominant, quand bien même tout le monde plierait, il y aurait toujours dans le monde une résistance, et que cette résistance, c’est celle de la France ! Et si j’ai eu depuis longtemps une confrontation avec Nicolas Sarkozy, une confrontation sur le fond, c’est sur ce modèle de société. J’ai avec lui un conflit de valeurs, et cela va bien plus loin qu’une divergence sur les « mesures », comme on dit, qu’il faut décider et prendre. Ses choix montrent qu’il conduit la France, non pas à la résistance contre ce modèle dominant, mais à l’alignement sur ce modèle dominant !
C’est une question de valeurs ! Tous les hommes d’Etat français, depuis le premier jour de la cinquième République, tous ont partagé implicitement le même patrimoine de valeurs profondes. Qu’ils fussent de droite, de gauche, du centre, et pour certains, au-dessus, – ils avaient en commun une chose : ils ne s’alignaient pas. Ils étaient les porteurs et les garants de cette flamme de l’indépendance française, et de cette idée que nous, France, parmi les nations, notre destin était de porter des valeurs universelles pour le monde ! Chacun à sa manière, Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac.
Et dans cette chaîne, voilà la rupture. Pour la première fois, avec des grands mots, avec de grandes figures, avec des citations à la pelleteuse de Jaurès – en réalité, au-dessous, l’œuvre entreprise, c’est l’alignement de la France sur le modèle qui domine le monde, et sur l’administration qui l’incarne le plus ouvertement. Le modèle où l’on propose l’argent comme valeur ! La ministre de l’économie, l’a dit, naïvement peut-être : le but du gouvernement, c’est de « réhabiliter l’argent, corollaire du succès ». Je pensais qu’il y a bien des choses à réhabiliter en France : l’effort, l’esprit critique, l’idée de justice, l’esprit démocratique, la séparation des pouvoirs, le respect des citoyens, l’amour de la liberté, mais j’avoue qu’il ne m’était pas venu à l’esprit que le but du gouvernement de mon pays pût être de réhabiliter l’argent. Et je conteste, en tant que père de famille, que le gouvernement vienne me dire que l’argent est le « corollaire du succès ». Comme pères de famille, comme éducateurs, nous passons notre vie, et c’est parfois difficile, à expliquer qu’il y a autre chose dans la vie, d’autres dignités, d’autres grandeurs, d’autres succès que l’argent ! Et nous aimerions bien que le gouvernement nous aide dans cette bataille qui consiste à transmettre à nos enfants une hiérarchie des valeurs, morales, intellectuelles, philosophiques, spirituelles !
L’argent, les biens matériels, il en faut, il y a beaucoup de gens qui en manquent ; quelque chose me dit qu’il y aura dans les mois qui viennent, beaucoup de Français qui en auront moins. Les premières décisions du gouvernement, les premiers votes de la majorité ont été pour distribuer 15 milliards d’euros que la France n’avait pas, aux plus aisés de nos compatriotes. On a aggravé le déficit du pays alors qu’il fallait le réduire, pour faire, selon le mot du Ministre des Finances allemand, des cadeaux à une clientèle électorale. Et bien sûr, ce n’est pas juste. Mais mon inquiétude va au-delà : je crains que ce ne soit contre-productif. Car si on voulait dépenser cet argent, il fallait le concentrer sur la production et l’emploi (c’est ce que je proposais, à ma manière, de faire avec les deux emplois sans charges). Quand le moment viendra où, en raison de ces décisions, nous allons être rattrapés par la réalité – par l’impératif des comptes qui dérapent – alors ces largesses vont revenir en boomerang, et les Français vont répondre : « vous nous demandez des efforts à nous qui avons peu, pourquoi alors avez-vous été si généreux avec ceux qui ont beaucoup ? ».
Il y a dans la majorité des hommes et des femmes de droite qui, sans pouvoir le dire, sans oser le dire, partagent cette inquiétude. Mais – et c’est un drame pour la France – nous avons des institutions qui interdisent la parole libre. Nous avons des institutions et une pratique institutionnelle qui sont indignes d’un grand pays comme le nôtre, indignes d’une démocratie ! Nous, le pays de la Révolution, nous acceptons tous les jours quelque chose qui n’est accepté dans aucun autre pays du monde démocratique : nous acceptons l’absolutisme présidentiel ! Le Président de la République décide de tout, tranche sur tous les sujets, le gouvernement a disparu. Chacun pour être bien vu du pouvoir se précipite dans un concours de lèche permanent, le cirage de pompes est devenu un sport national dans notre pays. Les journaux économiques les plus sérieux vous expliquent que les grandes décisions qui vont concerner l’avenir économique de la nation ne peuvent être prises que par le Président lui-même. Et l’absolutisme présidentiel est devenu tel que le secrétaire général de l’UMP s’est cru obligé de faire une très sérieuse déclaration publique pour dire qu’il va falloir que l’on règle en France le statut de l’épouse du chef de l’Etat : « il faut le faire, dit-il, nous sommes en retard : les monarchies ont traité cette question depuis longtemps ». En quel temps vivons-nous, qu’il faille rappeler au premier responsable du parti au pouvoir que, précisément, nous ne sommes pas une monarchie – nous sommes une République, et nous avons bien l’intention de le rester ?
Nous nous fixons comme but, comme citoyens, de faire sortir la République de l’absolutisme et de la faire entrer dans l’ère nouvelle d’une authentique démocratie, comme celles qui existent dans les pays du même niveau de développement que le nôtre. Et pour cela, de retrouver la pierre de fondation de toute constitution démocratique, qui est la séparation des pouvoirs.
Nous allons commencer dans les semaines qui viennent la construction qui consiste à défendre dans notre pays une idée d’une démocratie de plein exercice, dans laquelle les citoyens sont pris au sérieux, et pas seulement considérés comme des objets de communication.
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