21.12.2009
L'identité nationale : une notion antilibérale
On l’aura remarqué : F. Bayrou s’est abstenu de prendre position pour ou contre le débat sur l’identité nationale. On reconnaît là la stratégie qu’il a toujours adoptée à propos des sujets qui sont de nature à diviser les Français : se taire, parce que la vie politique doit viser au rassemblement des citoyens et non pas les diviser en les dressant les uns contre les autres.
Mais on aura remarqué également qu’ici, se taire, c’est implicitement refuser de participer à ce débat ; et que juger qu’il est de nature à diviser les Français, revient implicitement à le considérer comme nocif. Ce qu’il est, assurément.
Et surtout, il est totalement incompatible avec les valeurs d’un Etat libéral comme le nôtre. La droite française, qui était censée défendre les valeurs libérales, n’hésite plus à les remettre en question sans vergogne ; pire encore, elle ne semble même pas avoir clairement conscience qu’elle le fait. C’est comme si les repères traditionnels avaient à ce point volé en éclats qu’à droite, plus grand monde n’est capable de les reconnaître. Et à gauche, il est affligeant de constater que ceux qui sont pour l’alliance avec le MoDem, en soutenant le débat sur l’identité nationale, se comportent comme les plus dangereux droitiers.
Dans un Etat libéral, c’est-à-dire qui reconnaît comme son fondement les valeurs de la Déclaration des droits de l’homme de 1789, personne n’a le droit de dicter à un citoyen ce qu’il doit être pour mériter d’être considéré comme un bon citoyen, mis à part de lui commander de respecter les lois et de participer à la vie publique en votant. Pour le reste, ce qu’il pense, ce qu’il aime, ce qu’il hait, le rapport qu’il entretient à l’histoire de sa nation, relèvent de la sphère privée et ne concernent que lui. Ni l’Etat, ni ses compatriotes, n’ont le droit de lui dicter ce qu’il doit penser ou éprouver, car ce serait attentatoire à sa liberté individuelle. Dans une République laïque, l’Etat n’est pas en charge du culte de la nation, pas plus que d’aucun autre culte. Mais oui : on a tout autant le droit de ne pas être fier d’être français que le droit de l’être. D’ailleurs, il a des jours où l’on en a honte, par les temps qui courent, par exemple lorsqu’on renvoie des Afghans dans leurs pays en leur refusant l’asile politique.
Disons-le clairement : qu’est-ce qu’être français ? C’est avoir la nationalité française, telle qu’elle est attestée sur les papiers d’identité. Et qu’est-ce qu’être un bon Français ? C’est respecter la loi et remplir son devoir de citoyen. Cela s’arrête là. Et si quelqu’un me dit : « être français, c’est quelque chose de plus, c’est ceci ou cela, c’est être attaché aux cathédrales de la France et à son cassoulet », il tient un propos aussi grotesque que faux. Parce que sa déclaration revient à dire qu’un citoyen de nationalité française, qui ne serait attaché ni aux cathédrales, ni au cassoulet, ne serait pas un bon français, voire ne mériterait pas d’être français tout court, même si le contraire est inscrit en toutes lettres sur sa carte d’identité, et s’il respecte correctement la loi. La vérité est évidemment tout à l’opposé. J’ai connu quelqu’un (un français de souche, d’ailleurs, probablement influencé sur ce point par la vieille vulgate des Radicaux) qui haïssait les cathédrales, et il n’en était pas moins français. Je n’ai aucun attachement pour le cassoulet, et je n’en suis pas moins authentiquement française. Etre obligé de rappeler des évidences aussi triviales permet de mesurer l’écoeurante absurdité de ce débat. Parler du verlan ou de la manière dont on met sa casquette, comme l’a fait récemment N. Morano, vole tout aussi bas que de parler du cassoulet. Que les propos de N. Morano aient été ou non extraits de leur contexte ne change rien à l’affaire : quel que soit le contexte, jamais un représentant de l’Etat français ne devrait mêler la citoyenneté avec de semblables détails de comportement. C’est inciter à l’intolérance, c’est bafouer les valeurs libérales. Cela n’aide pas, contrairement à ce que prétendent les organisateurs du débat sur l’identité nationale, à se sentir proche des autres Français.
Ce n’est un secret pour personne : jamais N. Sarkozy n’a compris ce qu’est une démocratie libérale, et il entraîne dans cet abîme tout le clan des sarkolâtres qui gravite autour de lui. Son article dans Le Monde du 9 décembre – qui est en fait l’œuvre de H. Guaino, mais peu importe – nous explique benoîtement qu’il serait impensable de condamner le vote suisse sur l’interdiction des minarets parce qu’il vient directement du peuple : ceux qui ont, en France, osé critiquer ce vote auraient dû « admettre que cette majorité ne s’était pas égarée…mais qu’elle avait exprimé ce qu’elle ressentait et rejeté en toute connaissance de cause une Europe dont elle ne voulait plus ». Dans l’optique Sarkozy-Guaino, la majorité du peuple est toujours éclairée, ne s’égare jamais, et ses votes sont donc toujours légitimes, quels que soient leur contenu. En fait, comme je l’ai déjà écrit sur ce site, la véritable démocratie, la démocratie libérale, ne considère pas que le peuple ait toujours, par principe, raison. Connaissant au contraire la faiblesse humaine, elle établit des cadres intellectuels, à savoir des principes intangibles, comme les droits de l’homme, qui fixent les bornes dans lesquelles les décisions du peuple peuvent être considérées comme légitimes. En l’absence de ces limites, la majorité du peuple pourrait être tentée de tyranniser la minorité, ainsi que l’a remarqué Tocqueville ; il faut donc que les droits fondamentaux soient garantis à tout homme par la Constitution, et qu’aucun vote du peuple ne puisse ensuite priver de ses droits un quelconque groupe de citoyens.
L’autre idée du texte présidentiel – moins scandaleuse, celle-là – est qu’il faut tenter de comprendre le vote suisse plutôt que de le juger ; autrement dit, il faut savoir ne pas « rester sourd aux cris du peuple et indifférent à ses difficultés ». Certes : mais quelles sont-elles, ces difficultés ? Ne s’agit-il pas plutôt de difficultés économiques ? En France, le vote en faveur des extrêmes naît directement de la détresse économique, on devient hostile aux immigrés lorsqu’on est au chômage, ou menacé de l’être, et qu’on a l’impression que les immigrés prennent le travail des Français. Si vraiment l’on veut écouter le cri du peuple, eh bien, qu’on le fasse sérieusement, par une politique sociale appropriée !
Et puis, je note que la « compréhension » sarkozyenne est très sélective. Faisons certes preuve de compréhension à l’égard des électeurs exaspérés, tentés par le vote d’extrême-droite ! Mais, si l’on voulait être cohérent, et appliquer un « principe de compréhension universelle », il faudrait aussi faire preuve de compréhension à l’égard des jeunes des banlieues, quand ils expriment leur exaspération de se sentir exclus et parqués en marge de la ville. Or, on le sait, de cette compréhension-là, N. Sarkozy a horreur, et dans le passé il n’a pas eu de mots assez durs pour condamner ceux qui ont voulu en faire preuve. Ne cherchez pas à comprendre, nettoyez ! Le Président a un jour déclaré que « à force de vouloir expliquer l’inexplicable, on finit par justifier l’injustifiable » : sont incriminés par cette phrase ceux qui auraient tenté, non pas de comprendre avec bienveillance les jeunes de banlieue, mais même moins que cela, ceux qui auraient simplement tenté d’expliquer leur comportement en analysant leurs motifs d’exaspération. Eh bien, une telle démarche, pourtant rigoureusement scientifique, est inadmissible pour N. Sarkozy ! Elle reviendrait, prétend-il, à approuver les débordements des banlieues, en les estimant justifiés. Bref, jugez, et surtout ne cherchez pas à expliquer, ce serait faire des concessions, en acceptant de reconnaître que la République doit changer d’attitude !
En réalité, expliquer, voire comprendre, ne veut pas dire justifier. On peut expliquer, et condamner en même temps. Mais chercher à expliquer est sain en politique : cela permet de prévenir les conflits, pour ne pas avoir à réprimer leur expression après coup. Encore faut-il que ce soit un principe que l’on applique de façon générale, et non pas uniquement en fonction de ses intérêts électoraux…
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02.06.2009
Le MoDem est engagé dans la défense des services publics ! Halte aux mensonges !
Le Parti Socialiste – et tout particulièrement sa tête de liste en Ile-de-France, Harlem Désir – fait courir toutes sortes de rumeurs mensongères sur la position du MoDem quant à la défense des services publics. Le MoDem aurait, prétend-on ainsi, signé le manifeste du Parti Libéral Européen, supposé « programmer la casse des services publics » et voté au Parlement Européen toutes les directives les plus « libérales » (au sens économique) visant à instaurer une concurrence privée en lieu et place des services publics.
Tout ceci est de la pure invention, c’est le contraire qui est vrai !
Ce n’est pas parce que les démocrates français et italiens ont constitué un groupe commun avec le Parti Libéral européen au Parlement de Strasbourg qu’ils sont engagés en quoi que ce soit par le programme de campagne du Parti Libéral. Ils n’ont pas signé le Manifeste du Parti Libéral et, faut-il le rappeler, s’ils ont constitué un groupe commun avec le Parti Libéral, ce n’est pas par conviction particulière, mais c’est faute d’avoir pu constituer un groupe indépendant lorsqu’ils ont rompu tout lien avec le groupe de droite, le Parti Populaire européen (dont fait partie l’UMP). Ajoutons qu’il n’y a aucune discipline de vote au sein du groupe parlementaire commun aux libéraux et aux démocrates, et que les votes des démocrates sont absolument libres et indépendants. Les fameux « libéraux » en question sont d’ailleurs, en fait, situés au centre-droit sur l’échiquier politique ; ils sont bien plus modérés que le parti de la droite europénne, et ne sont pas des idéologues sauvages comme on veut bien les décrire en France.
Les députés du MoDem sont également accusés d’avoir voté telle quelle la directive Bolkestein, instaurant l’exigence que les services d’intérêt général, et tout particulièrement les services sociaux, soient soumis – comme le reste – au principe de la « concurrence libre et non faussée » (ce qui reviendrait à supprimer leur caractère de service public) ; ou bien (ce qui n’est d’ailleurs pas la même chose) ils sont accusés de ne pas avoir voté en faveur de l’amendement socialiste visant à exclure les services publics du champ d’application de la directive Bolkestein. Que s’est-il passé en réalité ? Effectivement, ils n’ont pas voté l’amendement socialiste, mais c’est parce que les démocrates avaient eux-mêmes proposé un amendement pour la protection des services publics, très proche, au niveau du contenu, de celui des socialistes, et ils ont donc voté pour leur propre amendement. Lors des votes concernant la directive Bolkestein, les démocrates n’ont pas voté comme les libéraux, et leur position était très proche à tous égards de celle des socialistes. Comme le remarque l’eurodéputé socialiste sortant Gilles Savary, spécialiste des services publics, les députés démocrates « ont régulièrement aligné leurs positions sur celles du Parti Socialiste Européen, qui sont souvent moins radicales que celles des socialistes français » (1).
Ajoutons qu’en fait le MoDem est à la pointe du mouvement pour la défense des services publics au Parlement européen, notamment avec l’action de l’eurodéputé sortant (et actuellement candidat en Ile-de-France) Bernard Lehideux. Celui-ci est parvenu, fin mars, à réinscrire, dans un rapport d’initiative pour le Parlement européen, la proposition d’une législation visant à garantir juridiquement l’indépendance des Services Sociaux d’Intérêt Général (SSIG) à l’égard de la mise en concurrence. Les SSIG comprennent des secteurs qui bénéficient d’aides publiques tels que les services à la personne, le secteur médico-social, l’insertion par l’activité économique… Le Traité de Lisbonne comporte en annexe un protocole sur les services publics qui est très flou et ouvre la porte à toutes sortes de dérives, puisqu’il affirme « la grande marge de manœuvre des autorités nationales, régionales et locales » dans l’élaboration des services publics. Dans le cas des SSIG, cela signifie en clair que les autorités nationales ont une certaine latitude pour soumettre à la concurrence les secteurs bénéficiant d’aides publiques, si elles le souhaitent. Bernard Lehideux réclame donc que soit mis en place un cadre juridique empêchant que les SSIG en Europe soient soumis à la seule logique de la concurrence (2).
L’eurodéputé MoDem Jean-Luc Bennahmias, de son côté, est engagé dans le dossier concernant les projets de la privatisation de La Poste, et entend défendre le principe que « le maintien des services publics de proximité comme la Poste est primordial pour l’aménagement du territoire, notamment au cœur des zones rurales et des montagnes » (3) (en effet, la privatisation intégrale de la Poste risquerait de remettre en question la présence de ce service dans les zones isolées où il est « non rentable » du point de vue de la pure logique de profit économique, qui est celui qui prévaut dans les secteurs soumis à la concurrence).
[1] Référence : Libération, 16 mai 2009.
[2] Source : Valeurs mutualistes, n° 260 (revue de la MGEN, dont l’ancrage à gauche est manifeste). Voir le très intéressant article : Services publics en Europe : le dossier piétine.
[3] Source : J-L B., Bilan d’activité 06-0.
Ajout du 4 juin : l’article du journal Le Monde en date du 4 juin, sur « les programmes des partis européens » est un bel exemple de désinformation au service de la propagande anti-MoDem. Il prétend que l’Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe (groupe parlementaire commun aux libéraux et aux démocrates au Parlement européen) présente un programme unique qui serait celui des « libéraux ». En réalité, il n’y a aucun programme commun aux libéraux et aux démocrates.
16:07 Publié dans social | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mouvementdémocrate, libéralisme, parti socialiste


